Marc Goblet: «C’est le parti nationaliste qui dicte ce gouvernement».

S’il se défend de vouloir créer le chaos, Marc Gobelet confirme que la volonté syndicale est bien de bloquer l’ensemble du pays au niveau des transports. Il ajoute qu’en l’absence de réaction du gouvernement il pourrait y avoir plusieurs journées de grèves au finish après le 15 décembre. Il adresse également un message au ministre-président du gouvernement wallon : Paul Magnette doit aussi entendre le bruit de la rue.

« Ce n’est pas une grève politique »

Après la manifestation du 6 novembre dernier qui avait rassemblé 120.000 personnes dans les rues de Bruxelles, le front commun syndical a annoncé une série de grèves tournantes qui débutera ce lundi par les provinces du Hainaut, du Luxembourg, d’Anvers et le Limbourg. Même si elles sont localisées par provinces, ces actions risquent d’avoir des répercussions sur l’ensemble du pays au niveau des transports et singulièrement au niveau de la SNCB. La volonté des syndicats par ces grèves à répétition est-elle de créer le chaos pour faire tomber le gouvernement ?

«  Ce n’est pas une grève politique. Nous avons mis au point un plan d’actions pour que le gouvernement ouvre une véritable concertation. Il ne suffit pas que le mot « concertation » soit repris 117 fois dans la déclaration gouvernementale, il faut aussi l’organiser. Nous avons mis au point ces grèves tournantes parce que nous sommes dans un combat à long terme. En agissant sur quatre provinces ça permet, au travers des transports publics, d’avoir un blocage sur l’ensemble du pays.  »

Vous voulez créer le chaos ?

«  Je ne comprends pas que ni le gouvernement ni le patronat ne prennent en compte le signal donné par 120.000 manifestants le 6 novembre dernier et que nous n’avons au stade actuel aucune ouverture sur une réelle concertation qui permettrait d’ouvrir la négociation. Nous appelons les employeurs à se mettre autour de la table dans une réunion bipartite. Nous disons au gouvernement : « laissez-nous d’abord nous concerter sur les matières qui sont les nôtres : la formation des salaires ou les fins de carrière et puis seulement vous interviendrez si nous sommes incapables de nous entendre.  »

« Première condition : que le gouvernement retire le saut d’index »

Au-delà de la concertation que vous exigez, quels sont concrètement les trois points sur lesquels vous attendez une réaction du gouvernement ?

«  Nous avons déjà fait passer le message au Kern (conseil des ministres restreint). Nous voulons d’abord que la vraie liberté de négociation sur les salaires soit rendue aux interlocuteurs sociaux. La loi de 96 prévoit qu’on maintienne l’indexation des salaires, qu’on maintienne la « barêmisation ». Ensuite un rapport technique du Conseil central de l’économie doit définir quel est l’écart salarial avec la France, les Pays-Bas et l’Allemagne et ensuite seulement nous négocions.

Deuxièmement, à propos des prépensions, il est prévu dans l’accord interprofessionnel que patrons et syndicats déterminent les métiers lourds. Or tout cela a déjà été déterminé dans l’accord de gouvernement avec le relèvement de l’âge à 58 ans au premier janvier 2015 et à 60 ans au premier janvier 2017. Tout est décidé alors qu’il n’y a pas eu la moindre concertation.

Le troisième point concerne les pensions : le gouvernement a avancé en modifiant les conditions d’âge mais aussi en modifiant les modalités de calcul de la pension. Là aussi, il n’y a pas eu la moindre concertation et quand ils organisent une rencontre, la seule réponse est : « on se tient à l’accord de gouvernement  ».

Ce sont là vos trois exigences. Pas un mot sur le saut d’index ? Vous ne demandez pas qu’il soit retiré ?

«  Si bien sûr et c’est même la première condition : retirer le saut d’index !  »

Donc, Charles Michel doit dire : « nous retirons le saut d’index ». Or, on sait qu’il ne le fera pas. Donc tout est bloqué ?

«  Oui c’est bloqué et c’est pour cela qu’il y a ce plan d’actions provinciales et la grève nationale du 15. On verra si le gouvernement résiste à la pression de la rue car nous avons donné un message clair au Kern : s’ils s’imaginent qu’après le 15, ils vont passer en force au Parlement avec une loi-programme, qu’ils sachent que nous ne resterons pas sans réaction.  »

Quelle réaction ? Grève générale au finish ?

«  Tout à fait, oui. Si le gouvernement n’ouvre pas la vraie concertation, c’est-à-dire retirer le saut d’index et laisser la concertation se faire au niveau du groupe des 10 avant d’intervenir, s’il ne permet pas qu’une vraie concertation se fasse sur les fins de carrières, s’il ne met pas en place une fiscalité plus juste, alors oui nous irons au finish !  »

« Paul Magnette doit aussi entendre le bruit de la rue »

Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB wallonne a adressé une lettre cette semaine au gouvernement wallon pour dire toute son inquiétude quant aux mesures de rigueur que le gouvernement s’apprête à prendre. Est-ce que ça veut dire que la contestation au niveau régional prendra la même forme qu’au fédéral ?

«  Bien sûr, nous avons donné un message clair par la voix de Thierry Bodson qui était de dire au gouvernement wallon : « vous allez sortir votre budget le 24, le 25 ou le 26. Si nous constatons dedans des mesures qui vont à l’encontre des intérêts des travailleurs et des allocataires sociaux, on organisera l’action de la même manière, avec des grèves et des manifestations. Les réactions seront organisées de la même manière que celles que nous menons contre le gouvernement fédéral.  »

Donc les grèves tournantes des semaines prochaines pourraient se tourner contre les deux « M », Michel et Magnette ?

«  Oui, Paul Magnette doit entendre le bruit de la rue même si on est avec des réalités qui sont un peu différentes. Charles Michel est la cible forte par rapport à des mesures qu’ils prennent avec le saut d’index et la remise en cause du modèle social. Mais donc, nous disons aussi à la région : « attention ne commettez pas les mêmes erreurs de manque de concertation  ».

N’est-ce pas un peu schizophrénique de siéger au bureau du parti socialiste et d’être en même temps dans la rue pour dénoncer la politique que mène le PS à la région ?

«  Il y a eu effectivement, dans les gouvernements précédents, des mesures qui n’étaient pas dans le sens du socialisme comme on peut l’entendre et dans le sens du respect collectif et de la solidarité. Moi j’ai dit clairement : je suis né socialiste, je suis socialiste et je mourrai socialiste. Mais j’ai dit aussi : je suis d’abord syndicaliste et comme syndicaliste, je suis indépendant des partis. La position qui a été prise et qui a été transmise par Thierry Bodson, qui est le responsable au niveau des matières wallonnes, c’est de dire « attention, nous devons être très clairs par rapport à notre position et quand on voit qu’il y des mesures au niveau régional qui peuvent toucher les travailleurs et les allocataires sociaux, on doit donner le même signal à cet endroit-là que celui que l’on donne au fédéral.  »

Est-ce que ce n’est pas du cinéma ?

«  Non, non, je vous donne ma parole. D’ailleurs dans le contexte actuel on ne participe pas au bureau du parti socialiste, parce qu’on est dans le cadre d’actions syndicales et on ne veut pas donner l’impression qu’on est dans le cadre d’actions politiques.  »

« C’est le parti nationaliste qui dicte ce gouvernement. »

«  Ce sur quoi on doit s’interroger, c’est surtout sur le fait que le patronat se met derrière un parti nationaliste pour obtenir ce qu’il veut. C’est le parti nationaliste qui dicte ce gouvernement, il faut être clair par rapport à cela. La vraie question est de savoir qui est le premier ministre, Charles Michel ou Bart de Wever ?  »

Vous posez la question ou vous avez une réponse ?

«  Je n’ai pas une réponse mais j’ai une impression personnelle.  »

Et le CD&V il n’existe pas dans ce gouvernement ?

«  Je pense que si le CD&V cherche aujourd’hui à ouvrir des voies pour obtenir une concertation, c’est parce qu’il se sent un peu mal à l’aise par rapport à son aile gauche. Mais ce que je veux dire, c’est que je ne tiens pas à dire que le gouvernement doit tomber. Je lui demande avant tout de revenir sur toute une série de décisions qui permettent une réelle concertation parce que si le gouvernement tombe, alors la NVA aura gagné. Parce qu’elle dira : c’est un pays qui n’est pas gouvernable, il faut le confédéralisme.  »

Anuncios
Esta entrada fue publicada en Bélgica, Economía, EEUU, Europa, Francia, Opinión, Política, Salud, Sociedad, Unión Europea y etiquetada , , , , , , , , , , , . Guarda el enlace permanente.

Responder

Introduce tus datos o haz clic en un icono para iniciar sesión:

Logo de WordPress.com

Estás comentando usando tu cuenta de WordPress.com. Cerrar sesión / Cambiar )

Imagen de Twitter

Estás comentando usando tu cuenta de Twitter. Cerrar sesión / Cambiar )

Foto de Facebook

Estás comentando usando tu cuenta de Facebook. Cerrar sesión / Cambiar )

Google+ photo

Estás comentando usando tu cuenta de Google+. Cerrar sesión / Cambiar )

Conectando a %s